Votre banque ne peut refuser une délégation d'assurance emprunteur que pour un seul motif : des garanties non équivalentes, appréciées via la grille des 18 critères du CCSF.
La banque choisit au plus 11 critères (plus 4 pour la perte d'emploi), listés dans votre Fiche Standardisée d'Information (FSI).
Depuis la loi Lemoine, le changement est possible à tout moment : réponse de la banque sous 10 jours ouvrés, refus motivé critère par critère obligatoire.
Refus abusif : jusqu'à 15 000 € d'amende pour la banque, recours médiateur.
L'équivalence des garanties : la réponse directe
Depuis la loi Lagarde de 2010, votre banque ne peut pas refuser l'assurance de prêt que vous choisissez ailleurs si son niveau de garantie est équivalent à celui de son contrat groupe [1][2]. Toute la question est donc : équivalent selon quoi ? La réponse tient dans la grille du CCSF, le Comité consultatif du secteur financier (instance placée auprès de la Banque de France), qui a normalisé 18 critères d'équivalence pour les garanties principales, plus 8 critères pour la perte d'emploi [1][3].
Le mécanisme est verrouillé dans les deux sens : la banque choisit au plus 11 critères parmi les 18 (plus 4 parmi les 8 si la garantie perte d'emploi est exigée), elle doit vous les communiquer par écrit, et elle ne peut refuser votre contrat alternatif que si l'un de ces critères précis n'est pas satisfait [2][3]. Un refus fondé sur le prix, votre âge ou une politique commerciale est abusif [4].
FSI (Fiche Standardisée d'Information) : document que la banque doit vous remettre dès la première simulation de prêt. C'est là que figurent les critères CCSF qu'elle exige : c'est votre référentiel de comparaison, pas le contrat groupe dans son ensemble [2][3].
Comment est construite la grille des 18 critères
Les critères se répartissent en deux familles [3][5] :
- 13 critères « in abstracto », qui portent sur le contenu des garanties elles-mêmes ;
- 5 critères « in concreto », qui portent sur votre situation personnelle : couverture de votre profession, de vos déplacements professionnels, du travail à l'étranger, des sports pratiqués...
| Garantie | Exemples de critères CCSF |
|---|---|
| Décès | Couverture pendant toute la durée du prêt, couverture des sports amateurs pratiqués |
| PTIA (perte totale et irréversible d'autonomie) | Mêmes exigences de durée et de périmètre que le décès |
| IPT / IPP (invalidité permanente totale ou partielle) | Seuil d'invalidité retenu, barème utilisé, prise en charge au taux contractuel, couverture des affections dorsales et psychiques sans condition d'hospitalisation |
| ITT (incapacité temporaire de travail) | Délai de franchise (30, 60, 90, 180 jours), indemnisation forfaitaire ou indemnitaire, couverture des inactifs, couverture du temps partiel thérapeutique |
| Perte d'emploi (si exigée) | 4 critères choisis parmi 8 : durée d'indemnisation, franchise, délai de carence, part de l'échéance couverte |
C'est précisément là où les contrats divergent que les banques placent leurs exigences. Notre base de 27 contrats emprunteur (méthode : garantie comptée uniquement lorsqu'elle figure en propre au tableau des garanties de la fiche) l'illustre bien : le socle décès (21 contrats sur 27) et PTIA (20 sur 27) est quasi universel, l'ITT (19) et l'IPT (16) restent très répandues, mais la perte d'emploi n'apparaît que dans 4 contrats sur 27. Si votre banque exige cette dernière, le choix de contrats alternatifs se réduit fortement : vérifiez ce point en tout premier.
La méthode en 4 étapes pour prouver l'équivalence
- 1. Récupérez votre FSI (ou la liste des critères exigés) auprès de la banque. Sans cette liste, aucune comparaison sérieuse n'est possible : c'est elle qui fait foi, et la banque a l'obligation de vous la fournir [2][3].
- 2. Demandez au nouvel assureur le tableau de correspondance critère par critère. Les assureurs alternatifs et courtiers produisent ce document systématiquement : chaque critère CCSF exigé, en face la clause du nouveau contrat qui le satisfait [5][6].
- 3. Vérifiez les critères sensibles : franchise ITT identique ou plus courte, couverture des affections dorsales et psychiques sans condition d'hospitalisation si exigée, mode d'indemnisation (forfaitaire vs indemnitaire), quotité identique à celle du prêt (voir notre guide de la quotité d'assurance).
- 4. Envoyez la demande de substitution avec le nouveau contrat et le tableau d'équivalence. Depuis la loi Lemoine, c'est possible à tout moment, sans échéance ni préavis, pour tous les crédits immobiliers des particuliers [4][7].
Refus de la banque : vos droits, ses obligations
Le cadre est fixé par le Code de la consommation (article L. 313-31 pour la substitution) [4][7] :
- 10 jours ouvrés pour répondre à votre demande de substitution, acceptation ou refus ;
- en cas de refus : une motivation écrite, datée et précise, indiquant critère par critère ce qui n'est pas équivalent, par référence à la FSI. Un refus verbal ou un courriel vague n'a aucune valeur [4] ;
- le seul motif légal de refus est la non-équivalence des garanties : ni le prix, ni l'âge, ni la « politique maison » [2][4] ;
- sanctions : le refus abusif ou le non-respect des obligations expose la banque à une amende administrative pouvant atteindre 15 000 € [4], et la DGCCRF sanctionne effectivement : une banque régionale a écopé de 196 000 € d'amende pour non-respect répété du délai de 10 jours [8].
En pratique, si le refus est mal motivé : répondez par courrier recommandé en exigeant la motivation critère par critère, corrigez le point contesté avec votre nouvel assureur s'il est fondé (une option ajoutée suffit souvent), et à défaut saisissez le médiateur bancaire de l'établissement, qui doit se prononcer sous trois mois [4][6]. Le signalement à la DGCCRF via SignalConso reste possible en parallèle pour les pratiques répétées.
Les 3 critères qui font échouer le plus de dossiers
- La franchise ITT : si la banque exige 90 jours et que votre nouveau contrat prévoit 180 jours, l'équivalence tombe. L'inverse (nouvelle franchise plus courte) est toujours acceptable. Dans notre base, 4 fiches sur 27 mentionnent explicitement une franchise de 90 jours : le paramétrage se négocie presque toujours à la souscription.
- Forfaitaire vs indemnitaire : en indemnisation forfaitaire, l'assureur paie l'échéance assurée quelle que soit votre perte de revenus ; en indemnitaire, il complète seulement la perte réelle (après IJ de la Sécurité sociale et prévoyance). Une banque qui exige le forfaitaire refusera un contrat indemnitaire, à juste titre au regard de la grille [3][5].
- Les affections dorsales et psychiques : beaucoup de contrats les excluent ou les conditionnent à une hospitalisation. Si le critère « couverture sans condition d'hospitalisation » est exigé, vérifiez la clause exacte ou souscrivez l'option de rachat de ces exclusions [3][6].
Ces trois points concentrent l'essentiel des refus légitimes : les vérifier avant d'envoyer la demande de substitution évite un aller-retour de 10 jours pour rien.
Ce que l'équivalence n'exige pas
Trois idées reçues font renoncer à tort [2][5][6] :
- « Il faut un contrat identique » : faux. L'équivalence s'apprécie uniquement sur les critères exigés par la banque (11 au plus), pas sur l'intégralité du contrat groupe. Un contrat alternatif peut être différent partout ailleurs.
- « Le contrat alternatif doit être du même assureur ou distribué par la banque » : faux. C'est tout l'objet de la délégation d'assurance.
- « Changer coûte des frais » : faux. La banque ne peut facturer ni frais de délégation ni frais d'avenant pour une substitution, et l'économie sur le coût de l'assurance se chiffre couramment en milliers d'euros sur la durée du prêt [4][7].
Conclusion
L'équivalence des garanties n'est pas une appréciation discrétionnaire de votre banquier : c'est une grille normée (18 critères CCSF, 11 au plus opposables, listés dans votre FSI), un délai de réponse encadré (10 jours ouvrés) et une obligation de motivation critère par critère, sous peine de sanctions réelles. Avec le tableau de correspondance fourni par le nouvel assureur, la charge de la preuve devient légère, et l'économie substantielle. AssurancesLabs aide les emprunteurs à comprendre, comparer et choisir leur assurance de prêt : pour la vue d'ensemble, consultez le guide de l'assurance emprunteur, les modalités concrètes du changement d'assurance, ou comparez les offres emprunteur pour chiffrer votre économie.
Références
- Avis du CCSF sur l'équivalence du niveau de garantie en assurance emprunteur, Banque de France / CCSF
- Les 18 critères CCSF pour comparer votre assurance emprunteur, Cardif
- Les 18 critères CCSF de l'assurance emprunteur : guide complet, Réassurez-moi
- Refus de délégation d'assurance par la banque : vos droits et la loi Lemoine, Oradéa Vie
- Équivalence de garanties de l'assurance emprunteur : guide, Askapi
- Les critères d'équivalence de garanties pour changer d'assurance emprunteur, CAFPI
- Changement d'assurance emprunteur en loi Lemoine : non-respect du délai de réponse, Magnolia
- Délégation d'assurance emprunteur : des banques sanctionnées pour délais de réponse non respectés, France Transactions
Points clés des contrats - Emprunteur
Synthèse issue des documents contractuels publiés par les assureurs. 6 contrats affichés sur 20 disponibles dans notre base.
Analyse des contrats - Emprunteur
Détail des garanties et points clés des contrats analysés, complémentaires du classement par score.
Allianz
Points clés du contrat
Exclusions principales
- Fait volontaire de l'assuré ; tentative de suicide
- Conséquences d'une guerre civile ou étrangère, insurrection, émeute ou mouvement populaire (si l'assuré y prend une part active)
- Sinistres résultant de la participation de l'assuré comme auteur, co-auteur ou complice à des délits intentionnels ou crimes
Limites et délais
Version documentaire analysée : 2024.
Alptis
Points clés du contrat
Garanties principales
Exclusions principales
- Suicide intervenu au cours de la première année du contrat
- Tout fait intentionnel de l'assuré
- Les conséquences de l'usage de drogues ou de stupéfiants non prescrits médicalement ou à doses non prescrites, de l'alcoolisme aigu ou chronique
Version documentaire analysée : 2024.
April
Points clés du contrat
Garanties principales
Exclusions principales
- prêts non contractés auprès d'une banque
- crédits de trésorerie
- prêts viagers hypothécaires
Version documentaire analysée : 2026.
AXA
Points clés du contrat
Garanties principales
Exclusions principales
- Perte d’Emploi
- Incapacité Temporaire Partielle de Travail
- Invalidité Permanente Partielle
Limites et délais
Voir les détails contractuels
BNP Paribas
Points clés du contrat
Exclusions principales
- suicide intervenu au cours de la première année d’assurance sauf en cas de financement de la résidence principale dans la limite de 120 000€
- névroses, psychoses, troubles anxieux, dépression, burn out, troubles de l'adaptation ou comportementaux, syndrome de fatigue chronique, leurs suites et conséquences (sauf hospitalisation ≥ 20 jours consécutifs dans les 6 mois suivant le premier jour d’arrêt de travail)
- troubles psychosomatiques, encéphalomyélite myalgique, fibromyalgie (sauf hospitalisation ≥ 20 jours consécutifs dans les 6 mois suivant le premier jour d’arrêt de travail)
Cardif
Points clés du contrat
Garanties principales
Pour aller plus loin
Guide complet - Emprunteur
Guides du même thème
Pages connexes
Questions fréquentes
- Où trouver la liste des critères exigés par ma banque ?
- Dans la Fiche Standardisée d'Information (FSI) remise dès la simulation de prêt, ou sur demande écrite auprès de votre conseiller. La banque a l'obligation de communiquer sa liste de critères, limitée à 11 parmi les 18 de la grille CCSF (plus 4 si la perte d'emploi est exigée).
- Ma banque peut-elle refuser parce que le nouveau contrat est moins cher ?
- Non. Le prix n'est pas un critère d'équivalence : seul un déficit de garantie sur les critères exigés justifie un refus, qui doit être motivé par écrit, critère par critère.
- Que faire si la banque ne répond pas sous 10 jours ?
- Relancez par courrier recommandé en rappelant l'article L. 313-31 du Code de la consommation, puis saisissez le médiateur bancaire. Le non-respect du délai expose la banque à une amende administrative ; la DGCCRF a déjà sanctionné des établissements sur ce fondement.
- L'équivalence vaut-elle aussi à la souscription du prêt ?
- Oui : dès l'offre de prêt (loi Lagarde), vous pouvez présenter un contrat alternatif équivalent, et la banque ne peut ni le refuser ni modifier les conditions du prêt en représailles. La loi Lemoine a ajouté la substitution à tout moment en cours de prêt.
Méthode et sources
Méthodologie éditoriale AssurancesLabs : pas de promesse de taux sans devis ; priorité aux sources vérifiables (documents contractuels, conditions générales, autorités).
Sources
Documents contractuels lorsque disponibles, documentation AssurancesLabs, sites institutionnels.
Version
Documents et données 2026
Relecture
Rédaction AssurancesLabs
Avertissement : certains chiffres présentés sur cette page sont des ordres de grandeur utilisés à des fins pédagogiques. Ils peuvent être inexacts. Pour obtenir une estimation fiable, faites une simulation ou demandez un devis auprès d'un assureur.
